TI3RS, l’appli qui fait grand bruit

Eva Ngalle, fondatrice du projet TI3RS

Le Prix Coup de cœur national du Groupe La Poste lui a été décerné pendant l’événement Vivatech pour son application

Dans une société où une femme sur trois en entreprise est victime de violences conjugales, l’histoire d’Eva Ngalle se démarque. Témoin de ces violences dans sa propre vie, elle a décidé de transformer son expérience en une solution pour toutes les victimes. Eva a créé l’application Ti3rs, une plateforme unique qui permet aux parents séparés, ayant vécu des violences conjugales, de communiquer sereinement avec les ex-conjoints pour le bien des enfants. Eva nous dévoile son parcours, les défis auxquels elle a été confrontée et son espoir de faire de Ti3rs un outil indispensable pour les victimes de violences conjugales, même à l’étranger.

« Moi, c’est quelque chose que j’ai vécu. Mon manager était au courant, mon directeur était au courant et pourtant, ils ne m’ont jamais proposé quelque chose pour m’aider alors que je les voyais tous les jours. Eux voyaient bien que je n’allais pas bien, ils voyaient bien que je n’étais pas concentrée, que j’étais tout le temps sur mon téléphone et que j’étais tout le temps en arrêt.

Je suis séparée maintenant depuis cinq ans et comme j’ai un enfant avec mon ex-conjoint, on est obligé de rester en contact. Sauf que, comme dans beaucoup de cas, il en a profité pour envoyer des insultes et des menaces, des milliers de messages, des milliers d’appels. Moi, je dis que l’idée est venue un peu d’un ras-le-bol de cette situation, j’en avais marre de vivre ça et je n’avais pas d’autre solution.

76 %, c’est le nombre de personnes qui continuent à subir du harcèlement, des menaces et des insultes après la séparation, quand il y a eu des violences conjugales. Des fois ça empire, des fois ça se crée aussi avec la séparation. Sur le compte Instagram où je raconte mon histoire, c’est le premier post. Du coup, après, j’ai reçu plein de messages de personnes qui vivent la même chose.

J’ai le témoignage de Lucas, qui a eu une séparation très difficile. Il a dit qu’il recevait plus de 50 SMS par jour de la part de son ex-conjointe et un nombre incalculable d’appels. J’ai aussi le témoignage de Laure, qui est maman séparée. Elle dit que la communication avec son ex-conjoint est extrêmement difficile, que quand elle a demandé la garde de son fils, elle a fait face à la colère du papa et qu’elle a subi des insultes, des menaces par téléphone quasi quotidiennement. »

FD: Peux-tu nous parler des fonctions de l’appli ?

«  Pour remédier à ces situations, mon application Ti3rs propose un filtre pour les mots violents, donc un filtre à insultes et menaces. Et dès qu’un de ces mots est reconnu, il est automatiquement remplacé par des étoiles. Au début, j’avais pensé à les masquer complètement, mais en fait, pour la sécurité, je pense qu’il est nécessaire de les laisser. Parce que si on reçoit dans une journée, peut-être quatre, cinq ou six mots violents, peut-être qu’il faut prendre certaines dispositions, faire attention, aller porter plainte, se protéger.

Quand on veut porter plainte, quand on est d’accord pour aller porter plainte, quand on est prêt, on doit avoir des preuves. Et du coup, si ce sont des messages, on doit faire des captures d’écran, tout relire, tout trier. Et ça, c’est hyper difficile à vivre en plus de ce qu’on a déjà vécu. Donc, l’application Ti3rs propose un historique qui permet de tout télécharger, d’avoir un document très clair et qu’on peut imprimer ou envoyer par mail à son avocat, à la police.

Dans mon idéal, Ti3rs devrait être recommandé dès qu’il y a un procès pour violences conjugales avec des enfants. Hier, il y a une personne qui m’a dit : « – Je vous en supplie, dites-moi, quand est-ce que l’appli va sortir ? » et ça, ça me donne de la force pour le faire encore plus vite et travailler dessus tout le temps. Même moi, je suis pressée d’avoir l’appli.

Est-ce que ça va marcher à l’étranger ? C’est une question qui m’a déjà été posée. Notamment, il y a beaucoup de femmes expatriées victimes de violences conjugales. Donc des femmes françaises qui vivent à l’étranger avec un conjoint violent et des enfants. Des fois, elles ne peuvent pas rentrer. Et elles n’ont pas d’outils, elles n’ont rien pour se protéger là-bas. Des fois, elles doivent rester parce que le conjoint reste. J’ai eu des contacts, même au Canada, d’associations qui me demandaient si elles pourraient utiliser l’appli parce que pour l’instant, ils n’ont pas d’outils. »

Interview Florence Dauchez
28
 Juin 2023

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